Entre Rochefort et Marennes, délaissé par la mer retirée depuis bien longtemps et planté au milieu des marais se trouve Brouage ou plutôt Hiers-Brouage. Ce village fortifié, Grand site national depuis 1989, avec plus de 600 000 visiteurs chaque année, est un lieu emblématique de Charente-Maritime. Alors, je vous conseille vivement de faire une halte dans cette citadelle chargée d’histoire et classée Monument historique depuis 1931.

Du reste, Brouage fait partie des « Plus beaux villages de France », comme 4 autres villages de la Charente-Maritime. Vous les connaissez sans doute : la perle de l’estuaire Talmont-sur-Gironde mon préféré et Mornac-sur-Seudre sur le continent. Et puis sur l’île de Ré Ars-en Ré et son imposant clocher noir et blanc et La Flotte-en-Ré.

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A l’abri des remparts, les artisans d’art vous attendent

C’est par une petite route que vous arriverez à Brouage en venant de Marennes ou Rochefort. Celle-ci se faufile à travers les marais pour, au détour d’un virage, vous dévoiler les remparts, la place forte de Brouage. De là, vous apprécierez ce paysage de terre et d’eau façonné par la main de l’homme au fil des siècles.

En effet, ici, le regard embrasse les 11 500 hectares d’anciens marais salants qui faisaient de cette terre, le « Grenier à sel du Royaume de France » au Moyen-Age. Aujourd’hui transformés en prairies ou abandonnés depuis plus de 200 ans, ils témoignent de la prospérité des lieux.

Et puis bien sûr, c’est à Brouage que serait né Samuel de Champlain, fondateur de Québec en 1608.

Entre sel et guerres de religion, Brouage la place forte de la côte Atlantique

Edifiée dans une zone marécageuse, en 1555 la cité est fondée par Jacques de Pons et prend le nom de Jacopolis-sur-Brouage. Puis, en 1578 elle prendra définitivement le nom de Brouage.
Déjà au VIIème siècle, le commerce du sel s’accroit à Brouage, jusqu’à devenir le plus important centre de négoce de l’or blanc. En fait, c’est LE centre d’approvisionnement en sel de l’Europe du nord au Moyen-âge.

On vient de partout accoster dans ce havre protégé à quelques encablures de l’océan. Les vaisseaux sont anglais, écossais, allemands, flamands… d’où son surnom de Babel de toutes les langues.

Edifié dans les remparts, le port souterrain de la Brèche par où était chargé l’or blanc ©isabel

Mais, c’est plus tard, au XVIème siècle, que Brouage prend véritablement son essor et devient un enjeu politique majeur. C’est pourquoi, le roi Louis XIII établit comme gouverneur de Brouage, le cardinal de Richelieu. Place forte durant les guerres de religion, Brouage devient Arsenal sur demande du cardinal. On édifie forge, hôpital, casernes, poudrières, halle aux vivres… Enfin, après une dizaine d’années de travaux, la garnison compte près de 6000 hommes et le port militaire est constitué. Elle devient ainsi la place forte la plus importante de la côte Atlantique.

Le saviez-vous ?

C’est à Brouage que Marie Mancini, nièce de Mazarin, vint pleurer son amour perdu pour raison d’état, le roi Louis XIV contraint d’épouser l’infante d’Espagne. Elle vécut plusieurs mois dans la maison du gouverneur, le cardinal de Richelieu. On dit que Racine se serait inspiré de ce fait pour écrire Bérénice.

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Du haut de l’escalier Marie Mancini, la place du commerce. Ici, dit-on, la belle venait pleurer son amour perdu, le Roi Soleil ©isabel

Du déclin à la renaissance

Le déclin de la ville royale progresse inexorablement

Toutefois, l’envasement du chenal menant à la mer menace cruellement le port qui devient impraticable à la fin du XVIIème siècle. Dès lors, il faut déplacer le port militaire. Le choix se portera sur Rochefort, où en 1666 débutent les travaux du nouvel Arsenal royal.
Au final, c’est le déclin pour Brouage. Durant le XVIIIème siècle, le commerce du sel s’éteint et la population est décimée, frappée par le paludisme durant des décennies.
Puis, durant la révolution, la citadelle devient une geôle, où nobles et prêtres réfractaires sont emprisonnés.

C’est ainsi que la ville royale s’endort et s’oublie, perdue au milieu des marais.

La renaissance arrive enfin !

C’est grâce à l’assainissement des marais qu’au XIXème siècle Brouage sort de sa torpeur. Dès lors, l’activité commerciale reprend avec l’élevage d’huîtres et de moules.

Depuis les remparts de Brouage, Oléron se dessine

Comme je vous l’écrivais plus haut, la première chose que l’on voit en arrivant sur Brouage, ce sont ses remparts. Classés Monuments Historiques depuis 1886, ils dominent la citadelle et les marais.

Edifiés vers 1569 à l’origine une muraille, c’est entre 1628 et 1640, que les fortifications prennent la forme que l’on voit aujourd’hui. Cette enceinte de 400 mètres de côté est flanquée de 7 bastions surplombés de 19 échauguettes.

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Le soleil se couche sur les remparts ©isabel

Par la suite, comme beaucoup d’endroits en Charente-Maritime, Vauban apporte sa pierre à l’édifice, si j’ose dire. En effet, en 1685, avec François Ferry, son collaborateur, il modernise les bastions, le chemin de ronde et épaissit les remparts.

Du haut de leurs 11 mètres, il est inconcevable de venir à Brouage sans parcourir les remparts sur les 2 kilomètres du chemin de ronde. De là, vous aurez une vue imprenable sur les différents édifices de la citadelle de Brouage.
De plus, on peut aisément imaginer la mer venant à proximité des remparts. Au loin, vers l’ouest, l’île d’Oléron se dessine, tandis qu’à l’est on embrasse l’immensité des marais alentour. Et puis, si vous regardez bien, au niveau du bastion de la rivière, vous apercevrez le pont transbordeur du Martrou à Rochefort.

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Par de-là les remparts, les marais à perte de vue. A l’horizon on devine l’île d’Oléron à quelques kilomètres ©isabel

Le saviez-vous ?

Une courtine est le passage sur le chemin de ronde qui relie chaque bastion. Ici, à Brouage, elles sont au nombre de 7. Quant à l’échauguette, c’est une petite guérite située bien souvent aux angles des fortifications, permettant au guetteur… de guetter l’ennemi. Vous en verrez 19, toutes intactes.

Sise à chaque angle des remparts, une échauguette ©isabel

La Glacière de Brouage, vous prendrez bien un sorbet Monseigneur ?

Transportez-vous un instant dans le passé. Vous êtes invité à la table du cardinal de Richelieu. Le repas n’en finit plus… et là, pour le dessert, vous voyez arriver de délicieux sorbets et entremets. Rien de tel pour épater les convives.

Eh bien oui, il était possible de déguster de bons sorbets à cette époque grâce à une glacière. D’après le plan de Dubois datant de 1695, il y en aurait eu 3 à Brouage.

Construite en 1688, à des fins de conservations des remèdes pour l’hôpital tout proche et des aliments, son emplacement n’est pas le fait du hasard. En effet, avec un réservoir enterré à 4,5 mètres, orientée au nord, protégée par l’épaisseur du bastion et du soleil par un bouquet d’arbres, sa situation permettait une bonne conservation de la glace. Ainsi, la glacière pouvait contenir jusqu’à 32 tonnes de glace.

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Dans le bastion Richelieu, la glacière telle qu’elle était au Moyen-Age ©isabel

Le principe : Durant la saison hivernale, plutôt rigoureuse en ces temps, des blocs de glaces des lacs, et cours d’eau étaient acheminés jusqu’aux glacières. Là, entreposés, ils pouvaient être conservés durant des mois.

Ne manquez pas de vous rendre dans le bastion Richelieu et d’emprunter l’étroit escalier de la glacière. Certes, celle-ci n’est pas d’époque, mais elle a été entièrement restaurée selon les plans et techniques d’origines. Les travaux de restauration effectués par de jeunes volontaires des chantiers internationaux ont duré 6 ans entre 1994 et 2000.

La Halle aux vivres de Brouage, le plus grand édifice de la citadelle

La pièce maîtresse de l’Arsenal se cache derrière un long mur d’enceinte plantée fièrement au centre d’un enclos engazonné. Si vous n’y prenez garde, vous pourriez presque la manquer. Cette magnifique bâtisse tout en longueur, offre une façade de briques rouges sur deux niveaux. Avec ses 54 mètres de long et ses 48 fenêtres, elle impressionne le visiteur par son élégance. Passez la porte et admirez les magnifiques voûtes de l’immense salle du rez-de-chaussée.

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La halle aux vivres se fait aussi résidence d’artistes ©isabel

Cependant, ne vous y trompez pas, ce que vous voyez de la Halle aujourd’hui, est un édifice entièrement restauré. En effet, le bâtiment en ruine depuis la seconde guerre mondiale a bénéficié d’une restauration à l’identique dans les années 90.

Elevée en 1631, la Halle aux vivres était indispensable au plus de 4000 habitants de la citadelle de Brouage. Aussi, c’était en quelque sorte, le « garde-manger » de la cité. En plus de nourrir les habitants et la garnison, elle ravitaillait également les vaisseaux et soldats du littoral et de l’estuaire de la Gironde. On y entreposait au rez-de-chaussée jusqu’à 720 barriques et le niveau supérieur pouvait accueillir près de 300 tonnes de céréales.

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Du haut des remparts, jouxtant la halle aux vivres, la tonnellerie ©isabel

Aujourd’hui, elle abrite le Centre Européen d’Architecture Militaire ainsi qu’un centre de documentation de plus de 4000 ouvrages. C’est un des musées majeurs de la Charente-Maritime. Vous y découvrirez un très beau plan relief de la Citadelle, des objets, des plans anciens et des maquettes. Par ailleurs, toute l’histoire de la création de la Nouvelle-France n’aura plus de secret pour vous.

Né à Brouage et fondateur de Québec, Samuel de Champlain

Samuel de Champlain explorateur, cartographe et navigateur est né à Brouage en 1574 comme l’atteste son certificat de baptême retrouvé en 2012.

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Samuel de Champlain, fondateur de Québec

C’est en tant que géographe, qu’il entreprend son premier voyage au Canada en 1603. Au fil des années, il en fera bien d’autres. En effet, de par la qualité de ses travaux, il est missionné pour établir une cartographie précise de la côte atlantique et des grands lacs. Pour se faire, il remonte le Saint-Laurent jusqu’à Montréal. Plus tard, en 1608, au cours d’une autre expédition, il établit sur la rive nord du Saint-Laurent un poste de traite de fourrures. Ainsi que sont posées les fondations de la future ville de Québec.

Nommé par le cardinal de Richelieu, Samuel de Champlain sera Gouverneur de la Nouvelle France, jusqu’à sa mort à Québec, le jour de Noël en 1635.

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Un des magnifiques vitraux à la gloire de la Nouvelle France et Champlain visible dans l’église de Brouage, Saint-Pierre et Saint-Paul

Sur les traces de Champlain pour nos lointains cousins québécois !

Venir à Brouage pour nos amis outre Atlantique, c’est faire un pèlerinage sur la terre qui a vu naître le fondateur de la ville de Québec. Certains viennent par curiosité, d’autres par ce qu’ils ont leurs racines ici et en Charente-Maritime. Ainsi, ce sont environ 10 000 canadiens qui franchissent chaque année la porte Royale et qui repartent émus de tant d’histoire.

L’église Saint-Pierre et Saint-Paul, le pilier central de Brouage

Avec ses 4000 habitants et tout son contingent militaire, un lieu de culte est nécessaire à la vie de la citadelle. C’est donc en 1608 que l’église Saint-Pierre et Saint-Paul accueille ses premiers fidèles, année de la fondation de Québec.

Ici, pas de fioritures, de gargouilles et autres modillons, l’édifice religieux ne présente qu’une façade tout en sobriété. Quant à son style, entre gothique et renaissance, il obéit aux règles de l’architecture militaire.

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L’église Saint-Pierre et Saint-Paul, tout en sobriété ©isabel

Entre guerres de religion et révolution, l’église fut maintes fois détruite et reconstruite. Toutefois, c’est grâce au gouvernement canadien que vous la voyez telle qu’elle se présente aujourd’hui. En effet, au début du siècle, restaurée par les canadiens, elle devient un mémorial des origines de la Nouvelle France. Le souvenir de Samuel de Champlain est très présent en ce lieu sacré. En effet, les anglais ayant pris le Canada aux français, en 1629, il serait venu prier pour qu’il soit restitué à la France.

A l’intérieur, deux rangées de hauts piliers cylindriques séparent les trois nefs. Tout comme à l’extérieur, l’intérieur de l’église est très sobre. Cependant, vous pourrez y voir d’anciennes plaques funéraires du XVIIème siècle et deux beaux ex-votos du début du XXème.

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Tout comme sa façade, l’intérieur de l’église est simple. Sur les côtés les panneaux de l’exposition retraçant la création de la Nouvelle France ©isabel

Cet édifice, inscrit aux Monuments Historiques dès 1931 est un lieu immanquable si vous vous intéressez à la Nouvelle France. En son sein, ne manquez pas de lire les panneaux exposés retraçant toute son histoire. De plus, posez votre regard sur les magnifiques vitraux créés par Nicolas Sollogoub, artiste franco-canadien et offerts par le gouvernement canadien en signe d’amitié entre nos deux pays.

D’autres sites incontournables à Brouage

  • Les deux ports souterrains de la Brèche et d’Hiers. Creusés à l’intérieur des remparts, le sel y était chargé dans des chaloupes, puis transporté sur les navires amarrés dans le havre de Brouage
  • La tonnellerie et ses expositions temporaires
  • Les poudrières : Saint-Luc la plus grande pouvait contenir 30 tonnes de poudre, alors que celle de la Brèche plus petite en accueillait 20 tonnes
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La poudrière Saint-Luc ©isabel
  • La forge royale
  • Les graffitis laissés par les soldats témoignent du passé un peu partout sur les pierres des remparts et d’ailleurs
  • La porte Royale
  • Les latrines à l’intérieur des remparts avec un système ingénieux d’évacuation, vers l’extérieur
Les latrines, un endroit intime pour dessiner des graffiti ©isabel

Se rendre à Brouage ?

Une route unique vous mènera à la citadelle, la D3 qui serpente au travers les marais. Vous êtes à une heure de La Rochelle sa rivale du Moyen-Age, 25 minutes de Rochefort et 50 minutes de Saintes la ville au passé gallo-romain.

Quelques sites utiles :

L’office de tourisme
Plus d’informations sur la citadelle

 

 

J’ai une affection toute particulière pour Brouage, ce site chargé d’histoire, ce trait d’union entre deux peuples. Notamment parce que j’ai de merveilleux amis québécois, Josée et Alain, à qui j’ai fait découvrir ce lieu emblématique de leur origine. Ce fut pour nous un bien joli moment.
Et puis aussi, parce que, quand on se promène dans les rues en damier ou que l’on arpente le chemin de ronde, tout y est intemporel. Même si bien sûr, les édifices ont été restaurés ou reconstruits, on peut aisément imaginer la vie ici au Moyen-Age.

Quoi qu’il en soit, je vous conseille d’y passer au moins une demi-journée. Toutefois, privilégiez plutôt les mois de mai à octobre avec leurs expositions et animations qui rendront votre visite inoubliable.

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La rue du Québec, la principale artère de la ville royale ©isabel

Et qui sait, avec les changements climatiques annoncés, la mer foulera peut-être de nouveau les remparts de Brouage.


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