Il est 9h00 ce matin et j’ai un train à prendre, Le Train des Mouettes en gare de Saujon.

Aujourd’hui, je vous emmène pour une balade insolite à la découverte du bocage entre Saujon et La Tremblade sur la Presqu’île d’Arvert.

Même si ce n’est pas encore la haute saison, une petite centaine de passagers attendent déjà sur le quai. Le train quant à lui est déjà là, prêt à partir pour son premier trajet de la journée à 9h45 en direction de La Tremblade.

Train des Mouettes
Bientôt le départ en gare de Saujon sous l’oeil attentif de la cheffe de train ©isabel

Un peu déçue sur le moment car ce n’est pas la locomotive à vapeur qui se trouve là, mais une ancienne locomotive diesel. Mais patience, la belle se prépare pour le trajet retour.

On attend plus que le feu vert de Marie la cheffe de train pour monter à bord.

Enfin le sifflet retentit ! C’est parti pour environ 1h20 de balade, 21 kilomètres et 69 passages à niveau à traverser.

Du Train des Huîtres au Train des Mouettes, la renaissance de la ligne Saujon-La Tremblade

Du Train des Huîtres

La ligne de chemin de fer qu’emprunte le train des mouettes fut ouverte en 1880 par la Compagnie des chemins de fer de la Seudre. A cette époque, les routes ne sont faites que de chemins de terre, où l’on circule à pied ou à cheval. Aussi avec la mise en service du chemin de fer, tout devient plus facile pour le transport des passagers et du fret. C’est pourquoi, grâce à ce nouveau transport, l’essor économique de la presqu’île d’Arvert s’envole.

Train des Mouettes
La Grève à La Tremblade, terre battue, chevaux et le train longeant le chenal

Outre les passagers, ce sont les bois de la forêt de la Coubre, les huîtres, le sel et le vinaigre qui transitent des sites de production jusqu’à Saujon. De-là ces marchandises sont expédiées partout en France.

La ligne fonctionne jusqu’en 1939 pour le transport des voyageurs, et jusqu’en 1980 pour les marchandises avant d’être déclassée par la SNCF.
Mais, sous l’impulsion de passionnés du rail, le 15 mars 1982 l’association du Chemin de Fer de la Seudre voit le jour. Le but essentiel de l’association, faire renaître la ligne. Aussi, grâce au soutien des collectivités locales traversées, des institutions et de la SNCF propriétaire des lignes, le projet voit le jour.

C’est ainsi qu’après l’acquisition et la rénovation des machines roulantes et la remise en état de la voie, le premier trajet a lieu le 1er avril 1984. Mais hélas, faute de recettes suffisantes pour l’entretien des voies et des machines, la ligne est à nouveau déclassée en 2001.

Au Train des Mouettes

Racheté par la Conseil Départemental de la Charente-Maritime, en 2002 le Train des Huîtres prend le nom de « Train des Mouettes ». La première association est dissoute, et toujours sous l’impulsion de passionnés, une nouvelle est créée en 2008, l’association actuelle Trains & Traction.
Dès lors, tout est mis en œuvre pour rentabiliser la ligne et permettre l’acquisition et la remise en état de vieux wagons et locomotives anciennes. Les idées ne manquent pas.

A ce jour, l’association comptabilise plus d’une centaine de membres. Bien entendu, toutes et tous sont passionnés par le chemin de fer et les trains. Venus de la France entière, tout ce petit monde de passionnés assure l’entretien de la soixantaine de machines et wagons, la formation des conducteurs, l’animation…

Une voiture de 3ème classe, entièrement restaurée ©isabel

Environ 15 % des bénévoles sont d’anciens cheminots. Mais on compte également des cheminots en activité qui viennent de toute la France pour assouvir leur passion du rail et partager leurs connaissances durant leurs congés.

Côté machines, parmi les locomotives et les wagons, 19 d’entre eux sont classés aux Monuments Historiques. Toutefois, la star incontestée des machines est la plus ancienne locomotive à vapeur encore roulante en France, la « Progrès », Schneider-Creusot 030-T de 1891. Autant vous dire qu’on la bichonne cette vieille dame tout de noir vêtue.

Aujourd’hui, ce sont plus de  38 000 voyageurs par an qui font le voyage entre Saujon et La Tremblade à bord du Train des Mouettes.

Train des Mouettes
A l’arrivée en gare de La Tremblade ©isabel

Des itinéraires suivant la saison

D’avril à septembre, le trajet classique Saujon-La Tremblade-Saujon du jeudi au dimanche.

En saison estivale :

  • Partez au marché de La Tremblade le samedi matin avec le Train du Marché
  • En soirée, direction Mornac-sur-Seudre le jeudi avec le Train des Loupiotes
  • Une expérience insolite en vélo entre Mornac-sur-Seudre et Chaillevette avec La Balade en Train et à Vélo à partir du mois de mai.

Le saviez-vous ?

Le Train des Mouettes se nomme ainsi en référence aux mouettes qui sont l’emblème de la Charente-Maritime.

De Saujon à l’estuaire de la Seudre, le Train des Mouettes chemine lentement

Au départ de Saujon, on longe la ligne TER Angoulème-Royan sur quelques centaines de mètres, puis la campagne s’offre au regard. Les paysages défilent doucement, tantôt des champs, tantôt des vignes et puis quelques marais salants et pâturages… la campagne est plutôt belle en ce début de matinée.

Tout au long du chemin, les commentaires de notre cheffe de train sont intéressants. Ils portent sur l’histoire du train, de la région, de la faune et de la flore des lieux traversés.

Concernant la faune, vous pourrez voir des cigognes, des hérons cendrés, des aigrettes… Et puis, aujourd’hui, un renard a montré le bout de son nez au sortir d’un taillis.

Une petite info, comme ça, parce que cela m’a étonnée… en 2020 on a dénombré 630 couples de cigognes et 952 naissances. De plus, une quarantaine de couples reste en Charente-Maritime pour passer l’hiver alors que les autres migrent pour des contrées plus chaudes. Dommage pour nous, aujourd’hui les cigognes ne sont pas au rendez-vous !

Train des Mouettes
Au fil du voyage, découvrez les anciens marais salants ©isabel

Premier arrêt pour le Train des Mouettes

Après avoir longé un joli marais salant en activité, nous arrivons en gare de Mornac-sur-Seudre pour notre premier arrêt. Ici, bon nombre de passagers sont arrivés à destination, puisqu’ils vont profiter de quelques heures avant le retour du train pour visiter ce joli village.

En effet, Mornac-sur-Seudre, faisant partie des 5 plus Beaux Villages de France en Charente-Maritime, une visite s’impose. D’une part, parce que vous ne résisterez pas au charme certain des maisons aux volets bleus et des ruelles fleuries de roses trémières. Et d’autre part, sur place, vous pourrez louer un canoé pour partir à la découverte des marais de Mornac.

Enfin, laissez-vous tenter par quelques bons produits locaux dans les différents restaurants de cette charmante cité.
Pour ma part, je vous conseille deux adresses. La première, le restaurant « Le Marais » avec ses plats savoureux et sa belle terrasse ombragée. Et la seconde, la petite crêperie bien sympa, « La Gourmandine » où vous serez bien accueillis. Ou bien, si vous préférez les huîtres et les moules, les cabanes d’ostréiculteurs vous attendent le long du chenal pour vous proposer leur production, avec entre autres la célèbre Eclade de moules.

Quant à nous, nous poursuivons notre périple à destination de La Tremblade.

Saujon La Tremblade
Juste avant l’arrêt en gare de Mornac-sur-Seudre, les marais salants du village ©isabel

Second arrêt du Train des Mouettes : la gare de Chaillevette

Entre Mornac-sur-Seudre et Chaillevette, le Train des Mouettes grimpe un léger dénivelé, soit 26 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce n’est pas très haut, mais parfois, il faut mettre du sable pour augmenter l’adhérence des roues sur les rails. De-là, l’horizon se dévoile découvrant les étendues des marais qui s’étirent de l’autre côté de la Seudre.

Arrivée en gare de Chaillevette, le train stoppe pour quelques minutes et nous avons le plaisir de la voir enfin… La Progrès, la plus vieille locomotive à vapeur circulante de France. Elle est là avec sa cheminée fumante, se préparant à venir nous chercher à La Tremblade pour le retour. Nous la retrouverons donc plus tard…

Train des Mouettes
Un stop au dépôt de Chaillevette et enfin la « Progrès » montre le bout de son nez fumant ©isabel

C’est ici, au dépôt de Chaillevette, que s’est installée l’association « Trains et Traction » qui gère le Train des Mouettes. En fait, ce lieu est l’atelier où les locomotives et voitures sont rénovées et bichonnées par les bénévoles.

Il nous reste quelques kilomètres avant notre arrivée au terminus du Train des Mouettes, La Tremblade.

La Tremblade, terminus du Train des Mouettes, tout le monde descend !

Il est 11h10 quand le Train des Mouettes arrive en gare de La Tremblade. A proximité du quai, de très anciens wagons attendent d’être restaurés. Sur le quai, une belle voiture postale fait face au Train des Mouettes.

A partir de maintenant, il nous reste près de 5 heures et demi avant de reprendre le train pour le retour à Saujon. En route pour découvrir La Tremblade.

La Tremblade, un des berceaux des huîtres Marennes-Oléron

Le soleil brille ce matin et la chaleur est bien là. Nous prenons la direction du centre-ville et l’idée de boire une boisson fraîche nous attire sur une terrasse de la rue principale. Là, face aux halles où le petit marché fait le plein de clients il fait bon. C’est la première fois que je viens à La Tremblade et je trouve que le centre ville manque un peu de charme.

Donc, un regret… ne pas avoir pris nos vélos pour avoir plus d’autonomie et aller jusqu’à Ronce-les-Bains. Ce sera pour une autre fois.

Il est temps de déjeuner et nous nous mettons en quête d’un restaurant. Ils sont peu nombreux en centre-ville, alors je vous conseille de vous diriger vers La Grève, là où sont les cabanes d’ostréiculteurs et les restaurants. Là-bas vous aurez l’embarras du choix.

Cependant, peu amateurs de crustacés, le hasard nous fait passer la porte du Gili Café face au port de plaisance. Du coup, le hasard a bien fait les choses, puisque nous découvrons une cuisine soignée aux influences indonésiennes. Je vous le recommande.

Train des Mouettes
Sur le quai de La Tremblade, une belle voiture postale fait office de boutique ©isabel

La Grève, le lieu incontournable de La Tremblade

La Grève, c’est le chemin qui longe le chenal menant à l’estuaire de la Seudre. C’est ici que l’activité ostréicole bat son plein. En fait, c’est une longue ligne droite autrefois empruntée par le train des huîtres. De l’autre côté du chenal, les cabanes colorées des ostréiculteurs sont un trésor pour les photographes. Et, concernant la gestion du temps, pas d’inquiétude, vous aurez assez de temps pour vous rendre jusqu’au bout de La Grève avant votre retour à la gare, alors n’hésitez-pas !

La Tremblade
Vue d’en haut, La Grève s’impose dans toute sa longueur ©isabel

Après avoir fait pas mal d’arrêts « photos », le bout de La Grève est atteint. Face à nous la Seudre, ce petit fleuve nourricier des claires se jette dans l’océan après 68 kilomètres de parcours.
D’ici, on voit le pont qui traverse la Seudre de Marennes à La Tremblade et l’île d’Oléron au-delà. Et puis, au-loin, on devine le pont d’Oléron. Les plates, ces bateaux à fond plat des ostréiculteurs vont et viennent sur la Seudre. Je reste un long moment, le temps s’arrête…

Mais, voilà, il est temps de retourner à la gare, le train lui n’attend pas !

estuaire de la seudre
Le bout de La Grève, l’estuaire de la Seudre ©isabel

Avec la « Progrès » retour à Saujon à la vapeur !

Enfin, elle arrive dans toute sa splendeur ! LA Star du Train des Mouettes, THE locomotive à vapeur ! C’est impressionnant de la voir entrer en gare et je dois dire que je suis presque émue de voir cette ancienne loco d’un autre siècle. Cela vient sans doute du fait que mon grand-père était cheminot et qu’il a conduit des machines comme celle-ci. J’ai l’impression de faire un bon dans le passé.

En effet, la « Progrès » a effectué son dernier trajet en 1960 à Lyon. Classée aux Monuments Historiques depuis 1987, elle est issue de plans de 1852 des usines Schneider du Creusot.

Train des Mouettes

Ce sont 4 locomotives qui ont été construites à partir de ces mêmes plans. La Trambouze, l’Avenir, l’Espérance et le Progrès.
Alors que l’Avenir et l’Espérance ont été détruites, la Trambouze et le Progrès ont été rachetées par des ferrailleurs. Par la suite, des associations en ont fait l’acquisition en vue de les restaurer.
Concernant la Trambouze, fabriquée en 1921, elle est également inscrite aux Monuments Historiques et est exposée dans le Haut Quercy.

Ménagement oblige pour la vieille dame en noir !

En fait, comme je vous le disais plus haut, j’étais déçue que ce ne soit pas la locomotive à vapeur qui débute le trajet à Saujon.
Mais, pour que la locomotive soit opérationnelle, il lui faut environ 4 heures de chauffe pour monter l’eau en température et que la pression soit suffisante. Aussi, pour un départ à 9h45, il faudrait commencer la chauffe vers 5 heures du matin… Donc, tout comme pour la locomotive, il faut ménager les bénévoles qui en prennent soin.

Le sifflet de départ va bientôt retentir, toutefois, avant de repartir, la locomotive doit être remise dans le sens du retour.

Donc, détachée du train, elle se place sur la plaque tournante en bout de rails. Puis, les mécaniciens la font tourner à la force des bras pour la remettre dans le sens du retour vers Saujon.

Train des Mouettes
Avant le départ, une goutte d’huile ne fait pas de mal ©isabel

Le saviez-vous ?

Les plaques tournantes du Train des Mouettes, considérées comme patrimoine de valeur proviennent de la gare Saint-Jean à Bordeaux. Datant de 1886, en fonte et mesurant 6 mètres de diamètre pour 27 tonnes, leur transport à Saujon et à La Tremblade a nécessité de grands moyens, tant pour leur extraction que pour leur acheminement par la route.

Train des Mouettes
A La Tremblade, à la force des bras, les cheminots remettent la locomotive à vapeur dans le sens du retour ©GuyB

En voiture pour Saujon !

Pour le voyage du retour, je prends place fois dans le premier wagon car juste derrière la locomotive. De-là, sur la plate-forme extérieure du wagon j’ai une vue imprenable sur l’intérieur de la loco. Si vous voulez ne pas en perdre une miette, c’est l’idéal… Après côté fumée et poussière… c’est autre chose !

Train des Mouettes
En gare de La Tremblade, la belle vieille dame, prête à nous ramener à Saujon ©isabel

Le travail est rude dans la chaleur, les hommes sont noirs. De fait, des cheveux jusqu’aux bout de leurs chaussures, le chauffeur, le mécanicien et le conducteur sont couverts de poussière de charbon. Néanmoins, ils s’activent, rechargent la chaudière en charbon et surveillent la pression.
Pour information : Un aller et retour Saujon-La Tremblade, 500 à 600 kilos de charbon et 3 à 4 m3 d’eau sont nécessaires.

Par ailleurs, si la locomotive à vapeur n’effectue pas tout le trajet, c’est qu’il faut la préserver vu son grand âge. Aussi, à l’arrêt en gare de Chaillevette, une locomotive diesel prend sa place pour achever le trajet jusqu’au terminus.

Train des Mouettes
Les pelletées de charbon alimentent la chaudière pour garder la pression ©isabel

Pour ce retour en fin d’après-midi, les paysages baignés par le soleil se sont parés de belles nuances aux teintes plus chaudes. C’est un réel plaisir que de contempler la campagne, les champs et les marais que nous traversons.

Nous arrivons en gare de Mornac-sur-Seudre où, les passagers débarqués le matin, reprennent place à bord du train pour le retour à Saujon.

Enfin, le Train des Mouette entre en gare à Saujon. Il est 18h15, notre voyage s’achève.

Train des Mouettes
A La Tremblade, d’autres anciens wagons attendent d’être restaurés ©isabel

 

 

Monter à bord du Train des Mouettes est une expérience intéressante que l’on peut effectuer en famille. Toutefois, je suis restée un peu sur ma faim quant aux lieux traversés. En effet, je m’attendais à ce que les marais soient plus présents tout au long du trajet.

En revanche, que ce soit au départ de Saujon ou de La Tremblade, monter à bord de ce train pour se rendre dans ce magnifique village qu’est Mornac-sur-Seudre est plutôt une belle idée. D’autant plus qu’on a un bon aperçu de la campagne et que le temps passé à Mornac-sur-Seudre est suffisant. Alors oui, je vous conseille ce petit voyage à bord du Train des Mouettes.

Train des Mouettes
Le long du chenal longeant La Grève, le charme des cabanes colorées ©isabel

Ce que j’ai préféré ? Sans aucune hésitation, être sur la plate-forme du premier wagon derrière la locomotive à vapeur. J’ai également beaucoup aimé les cabanes colorées le long de La Grève.

Ce que j’aurai du faire ? Emporter mon vélo pour avoir du temps pour visiter La Tremblade et pousser jusqu’à Ronce-les-Bains.

Petit bémol ! Si vous n’aimez pas les odeurs de gasoil ou de charbon… Ne vous installez pas dans le wagon qui suit la locomotive. Car, j’avoue qu’être dans le premier wagon n’est pas le meilleur choix car les fumées sont parfois incommodantes. Mais, le charme intérieur « tout en bois » de cette ancienne voiture me plaisait bien, alors au diable les fumées…

Train des Mouettes
Voiture C12 – pour les 3ème Classe, reconstruite sur les plans d’origine en 2014 par une association d’insertion ©isabel

Le Seudre-Océan-Express une autre façon de voyager avec le Train des Mouettes

Après 3 ans de préparation et de rénovation de son train restaurant, l’association Trains & Traction vous invite à voyager autrement à bord du Seudre-Océan-Express. Dans un train de prestige, embarquez pour un voyage culinaire de 3 heures entre Saujon et La Tremblade.
Le chef vous propose des plats gastronomiques et raffinés à base de produits locaux de qualité ! Pour le déjeuner ou pour le dîner, une expérience savoureuse vous attend.

Personnellement, je trouve que le prix est un peu excessif, mais ce n’est que mon avis…

Un conseil : Pensez à réserver longtemps à l’avance.

Quelques liens utiles à votre préparation de visite :

 

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